Champs d’oiseaux

Lors de mon arrivée à Québec il y a deux jours, j’ai rencontré un mortel peu commun. Je ne connais pas son nom, mais je n’oublierai pas son sourire, ni son aide précieuse. J’étais paumée, à tourner en rond dans ma maudite voiture de location. Le foutu GPS s’obstinait à me diriger dans la rue en travaux, inaccessible. Excédée, mais en respectant la vitesse, j’ai pris la grande rue qui descendait à gauche. Je suis tombée sur le parking de Rochester, où j’ai rencontré mon héros. Le charmant type s’improvise guide touristique, et grâce a lui j’ai une voiture (bien) garée à 5 minutes de mon bnb.

C’est sur ses recommandations que je me suis rendu aujourd’hui sur l’Isle-aux-Coudres. Et cette publication, en français aujourd’hui, c’est pour lui dire Merci. (Je ne connais pas son prénom mais je me rappelle de sa langue de prédilection, après avoir été son associée-traductrice pendant quelques minutes)

P1010235

Quelle évasion ! L’Isle est à une centaine de kilomètres de Québec, la route est longue et belle. Elle s’élance élégante entre la montagne et le Saint Laurent, épousant des courbes à faire rougir les plus belles filles de Botero, et offrant à mes yeux ses merveilles. Des cimes enneigées, des nuages qui s’y accrochent, des pins de tous les âges et de toutes les couleurs. Au fil des kilomètres, j’en viens à la conclusion que les montagnes canadiennes n’ont rien à envier aux russes.

D’une rive à l’autre du Laurent, quelques minutes houleuses à bord d’une navette qui sert le pire thé qu’il m’ait été donné à boire. Pourtant thé et temps s’écoulent sans  peine, grâce au sourire chaleureux et à  l’accent chantant des traversiers.

P1010260

Sur l’ile, la paix. On n’entend que le chant des oiseaux. Quelque chose se trame, ils dialoguent d’un bout à l’autre de la route escarpée. Peut-être qu’ils rient de moi, pédalant avec peine pour rejoindre le sommet de cette côte. De plus petits oiseaux virevoltent et m’ouvrent la voie, reliant la berge – sur ma droite –  à la naissance de la forêt de pins – sur ma gauche. J’entends des bruissements de feuilles, je m’arrête et observe. Les écureuils sont si petits et agiles qu’ont les prendrait pour des moineaux. De petites boules de feu sautillantes de part et d’autre de la route. Jeu ou travail, ils sont appliqués à leur tâche et ne semble même pas remarquer ma présence. Je reste silencieuse, et je savoure ce moment.

P1010231

Le long du chemin des Coudriers, je ne rencontre que des sourires. J’étanche ma curiosité avec une dégustation de cidres et spiritueux multi médaillés à la Cidrerie Verger Pedneault, je découvre et adore le Pet de nonne à la Maison Bouchard, je félicite Madame pour son potager et j’échange un regard complice avec le pilote en herbe qui ne voit pas bien la nécessité de ranger ses petites voitures maintenant alors qu’il va encore jouer plus tard. Même les épouvantails des jardins sont sympathiques : des silhouettes noires d’homme fumant la pipe ou encore de chien se chatouillant le ventre dans les herbes hautes.

Au croisement avec la rue du Ruisseau rouge, il y a ce beau bateau en bois. A vendre. Je me verrai bien Capitaine, ou sirène, jouant dans les vagues de la marée montante, accompagnée des centaines d’oiseaux trouvant refuge sur cette terre si tranquille. Sérieusement, au cœur de l’Isle j’ai découvert des champs entiers d’oiseaux chantants. Peu de potes à pattes, si ce n’est pour les deux chèvres qui dormaient paisibles.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La musique de l’Isle est superbe, apaisante. Le temps s’arrête, et il est beau. Des nuages de coton dessinent un ciel parfait, qui épouse les montagnes laissées de l’autre côté du Saint Laurent. A l’abri sur l’ile, je vois des pluies locales arroser le continent ; des éclaircies superbes illuminer les familles de pins ; et le fleuve insolent, si beau qu’il en rougit sur ses propres rives.

Les lacs sont des miroirs, et l’Isle un peu narcissique en compte un certain nombre. On n’y nage pas, on n’y pêche pas, on y admire le ciel. L’un d’eux est un peu plus mystique que les autres : La roche pleureuse est sa source. La légende veut que Louise, ayant perdu foi et patience en voyant l’hiver arriver avant son bien aimé de marin, ne fasse encore aujourd’hui plus qu’un avec le rocher qui fut son siège quand elle le pleurait.

P1010263

A la lumière de la fin du jour, je trouve la plage du Chemin du bout d’en bas. Un secret bien gardé. Sur le sentier les minuscules pommes de pin et coquillages échoués ne font qu’ajouter à la grandeur de ce lieu en dehors du temps.

Retournant à mes pénates, Québec me surprend en s’érigeant majestueuse dans un horizon rose. Demain au réveil, quand le ciel s’habillera encore de nouvelles couleurs, je  (re) prendrai la route vers le sud. Ce Nord si Grand me donne tant à rêver, marcher, aimer … je réalise que je n’aurai jamais assez de temps pour rendre hommage à toutes ces images, qui m’inondent et me comblent…

P1010274

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s