A qui profite le crime?

Je vais essayer, très fort, de ne pas prendre parti ; car ce n’est pas le but ici.
Je suis à l’autre bout de la terre, aussi les informations que je reçois sont évidemment manipulées et orientées. Il m’est difficile de trouver la vérité; mais je pense qu’il en est de même pour tout le monde.
Mon pays souffre, il est en train de mourir. Toutes les valeurs et lois qui ont fait un jour de la France un pays fort et admirable sont aujourd’hui étouffées sous l’égoïsme, la soif de pouvoir et la violence débordante. Chacun se croit légitime en ne répondant qu’à ses propres lois, au nom de sa liberté chérie. Cette bataille entre individus clamant leur liberté et des organisations mettant tout en œuvre pour les contrôler et les organiser à déjà fait des morts, elle a détruit le respect et l’espoir et tout ce qu’elle créé est un univers dans lequel nous ne savons plus vivre ensemble.
A qui profite le crime? Cui bono?
Profiter de mon échappée belle et fouler des terres nouvelles ne m’autorise pas à fermer les yeux ni à renier les terres où j’ai appris à marcher. Je ne veux pas donner de leçon, mais ce je vois me dévore. Comment a-t-on pu passer de Fluctuat nec mergitur à… ça ? Comment les héros d’hier ont-ils pu devenir l’ennemi public numéro 1 ? A qui profite le crime ? Car ne l’oublions pas, il s’agit toujours de profit au final. Nous sommes aveuglés par des combats de rues qui éveillent des émotions fortes, mais n’oublions pas que tout se réduit à une histoire de profit, pouvoir et argent. Cette mascarade de lois passées en force, de gaz lacrymo et de liberté bafouée n’est au final que l’histoire d’un gouvernement apeuré, incapable et se cachant derrière ses pauvres armes lourdes. Le combat d’une minorité au pied du mur face à une majorité qui ne réclame que ce qui lui a été promis.
Pourtant ce que tu vois, c’est ton pote allongé sur le pavé, après qu’un policier excédé l’ai poussé et frappé. Alors tu n’écoutes que tes trippes et tu cours pour l’aider, au risque de te prendre un coup de matraque à ton tour. C’est sa tournée, au mec en armure qui se tient en face de toi, le regard vidé d’humanité. Tournée générale, car il ne sait rien faire d’autre. Que de répondre aux ordres de celui qui l’a briefé plus tôt ce matin.
Quand on lui a ordonné d’aller au Bataclan, derrière ces portes où se passait l’impensable ; il y est allée. Tête baissée. Et on l’a applaudit, sincèrement.
Quand on lui ordonne de descendre dans la rue et de déjouer toutes formes de rébellion, il le fait. Tête baissée. Et on l’applaudit, d’un air sarcastique et défiant. Parce qu’on ne comprend pas qu’il ait changé de camp et que d’un coup il nous afflige le même traitement qu’aux monstres qui se cachaient dans le Bataclan.
Mais il n’a pas changé de camp. Il n’a pas de camp. Il n’a qu’un uniforme, et il fait son boulot car il est aussi désespéré que toi et qu’il ne comprend rien non plus à ce qui est en train de se passer. Alors avant d’enlever sa carapace le soir rentré à la maison, il joue son rôle et fait ce qu’il sait faire de mieux sans se poser de questions. Par automatisme. Tu as en face toi des hommes aussi blessés qu’armés. C’est une marionnette, aussi désespéré que toi quand tu regardes ton pote allongé sur les pavés.
Ces pavés qu’on se jette à la gueule, mutuellement, ne sont plus arrachés à aucune plage. Ils nous viennent du cœur et sont lourds de nos espoirs déçus.
Mais on se bat contre la mauvaise personne. Cette armée d’armures vides n’est rien comparée à ceux qui tiennent les ficelles. Bien sûr que la violence est inexcusable, mais c’est intéressant d’essayer de la comprendre. De comprendre pourquoi aujourd’hui en France on dépense plus d’énergie et d’argent dans la répression de l’éducation que dans celle de la violence. On devrait apprendre à celui qui a peur à en parler, et lui offrir une forme de confort ; et non nourrir sa peur. Mais on ne nous apprend jamais cela, on ne nous apprend pas à vivre ensemble ; ni à l’école, ni dans notre pays et encore moins dans le monde.
On se bat contre les mauvaises personnes. Ceux qui sont supposés s’occuper de nous ne sont occupés qu’à produire et posséder. Ils ne nous comprennent pas, depuis trop longtemps déjà. Ils ne s’attendaient pas à cette réaction, car ça fait trop longtemps qu’ils ne comprennent plus rien aux problèmes qu’ils essayent de régler de façon maladroite – et autoritaire. Alors ils utilisent l’arme du pauvre, pour éteindre un feu qu’ils ne soupçonnaient pas si ravageur.
Nous sommes trop loin les uns des autres pour pouvoir nous comprendre, pour pouvoir communiquer. Et la frustration qui dévore chacun de nous anime la haine. Encore plus dévorante. Et l’espoir s’éteint.
Les armes prennent la place de la raison. On ne vit plus les uns avec les autres, mais contre les autres. Diviser pour mieux régner. Tellement simple, et tellement efficace.
Mais nous sommes l’âme, l’histoire et le futur de ce pays. S’entretuer c’est le tuer. Ma vie avant la tienne, coute que coute; quand la peur et l’égoïsme prennent le dessus. Ma vie avant la tienne, juste parce que nous ne portons pas le même uniforme.
Ces combats de rue sont des écrans de fumée. Alors oui, c’est tellement facile pour moi, depuis Hawaii, de vous dire : ouvrez les yeux. N’ayez pas peur, et prenez les armes pour résoudre les vrais problèmes. Un homme qui se bat pour conserver sa liberté ne peut jamais être un ennemi, tout comme un homme manipulé et apeuré ne peut être un ennemi. Ouvrez les yeux, ouvrez les grands et regardez plus haut. Au-delà des fils de marionnettes. Les matraques d’hier seront bientôt des bâtons de majorettes ; une fois que vous serez prêts à affronter ce qui est derrière tout cela. Mais d’abord, il faut arrêter de se battre entre pairs. Il y a trop à perdre. Et tellement plus de choses pour lesquelles il faut se battre, plutôt que de continuellement se battre contre.
Il pleut à Hawaii depuis ce matin. Je suis arrivée hier soir : le ciel était noir et mille étoiles y brillaient. Je me suis douchée entre quatre planches, au cœur d’un jardin tropical ; j’ai dormi profondément et des chants d’oiseaux que je ne connais pas m’ont réveillé. Depuis la terrasse au pied de ma chambre, j’admire les arbres hauts, la falaise de roche noire, les fleurs roses et rouges. Le hamac me fait de l’oeil. Les tables faites à la main me rappellent à quel point je suis une chèvre en travaux manuels. Mon hôte me demande ‘’quel est l’endroit sur terre que tu appelles maison ?’’. Bonne question. Pour deux semaines, ce sera ici.
Un vent chaud me caresse le visage et y dessine un sourire serein, qui ne m’a toujours pas quitté. Même en roulant sur mon mini vélo, au rythme de mes genoux cognant le guidon, dans une pluie tropicale qui ne se calme pas. A ma droite, l’océan. Les vagues s’enroulent les unes sur les autres, et les enfants courent avec leurs planches de surf pour les dompter.
Ah ! Le food truck vert. Incroyable petit déjeuner, vue imprenable et parfait mélange d’épices dans le riz frit. Après ma journée de voyage et de bouffe dégueu d’aéroport, je suis en joie.
Sur le chemin du retour, avec mes provisions pour la semaine fourrées dans mon sac Zeeman, je continue de pédaler sous la pluie. Trempée, et heureuse. C’est tout juste comme rentrer de Albert Heijn quand je vivais à Groningen, sauf que cette fois, la pluie est chaude. Le vent souffle entre les feuilles de palmiers, en harmonie parfaite avec le chant des petits oiseaux noirs à bec jaunes. Je contemple tout, et je ne vois pas l’énorme flaque d’eau sur mon chemin.
Pendant que mon short sèche, je profite du jardin couvert et je savoure une tranche de cake à la mangue – avec beurre de cacahuètes. Divin, même si ça colle aux dents.
La pluie continue de tomber mais cela ne m’empêchera pas d’aller fouler le sable. Je suis heureuse, et fière d’avoir réussi à m’offrir ce voyage de rêve. Mais je me sens un peu coupable aussi d’être si loin de ceux et ce qui comptent pour moi. Parfois j’aimerai rentrer juste pour pouvoir me rebeller un peu contre ce groupe d’incapables qui ne trouvent de réponse que dans la répression ; mais qui n‘ont même pas le courage de descendre eux-mêmes dans la rue. Une chose à la fois. Mais mon petit cœur français a un peu de peine aujourd’hui, qui vient ternir mon sincère sourire d’aventurière.
Prendre de la distance n’est pas toujours facile mais cela a au moins le mérite de m’offrir une nouvelle perspective. Mes petits patriotes chéris, nous ne sommes pas morts. Mais nous ne sommes pas non plus au-dessus des lois. Fight the right fight.
Fluctuat nec mergitur, remember?
Love, Zoe
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