Bhakti

La terrasse surplombe la baie d’Aow Leuk. Pacifique étendue bleue, pleine de nuances et de nageurs. Ce n’est pas tant que ce soit magnifique, c’est que c’est sans prétention. La magie se lève avec le soleil tous les matins ; tout recommence, toujours, cycliquement, paisiblement. Tout est différent à chaque fois, et moi aussi.

Est-ce un miracle ? Ces roches desquelles jaillissent une jungle généreuse peuplée d’acrobates ; ces turquoises baies, noires de coraux et d’amis tropicaux ; ces cieux que la nuit déchire dans un cri de rage, et que le jour, en un éclair, illumine de divines lumières ?

Koh tao me donne des ailes, des écailles, et des frissons. A genoux, en tailleur, tour à tour rôtissant ma face et mon pile, en flottant, en équilibre sur 5 orteils, sur deux avant- bras, ancrée dans mes tongs… je ressens tout un peu plus intensément.

Si j’ai eu peur, je ne m’en souviens pas. Pas à cet instant précis en tous cas, où le soleil se couche déjà sur ma dernière journée à Koh Tao. Je suis ‘’high’’, et plus que jamais je suis moi. Je suis high en bonheur, adrénaline, courage, excitation et impatience aussi. Mais par dessus tout, je suis high en Bhakti.

Bhakti : amour et dévouement. L’amour, au nom de l’amour. En partant de l’amour propre, et en développant un amour que l’on veut universel. Plus que de l’amour, c’est un stade de paix intérieur ultime qui résulte du respect de soi même ; et qui conduit à une ouverture et un déploiement vers l’autre, tous les autres ; pour que chacun trouve cette même paix.

Je suis là, en plein dans mon Bhakti. Je l’ai vu et j’y vis. J’y nage, j’y vole, j’y exalte ; et je veux le chanter à tout le monde, à tout ce monde à qui je souhaite de se trouver, de le trouver. Je ne suis pas illuminée, je suis en paix. Tissées au fil des états que j’ai traversés, ma paix et ma liberté sont mes plus précieux bagages ; et je me souhaite de ne jamais les oublier même après les avoir posés, rangés.

J’ai ouvert les yeux ce matin, après une nuit des plus paisibles. De façon mécanique, j’ai rassemblé mes affaires, comme je l’ai fait des dizaines de fois ces derniers mois.  Ce n’est jamais le dernier matin ; même si c’est aujourd’hui que je quitte l’ile. Il n’y a ni premier ni dernier jour, si l’on donne à chaque jours les mêmes chances de nous surprendre, de nous emmener ailleurs, de nous rencontrer autrement.

Tout ne sera pas toujours beau, et dans nos forts intérieurs des parasites viendront enfoncer nos portes ; à coups de poing, de pieds, de couteaux parfois. Aussi difficile que cela puisse paraitre, il faut continuer à choisir le camp de la paix. Il faut apprendre à trouver dans ce monde déroutant, parfois dégoutant, cette paix intérieure et parvenir à la propager pour que plus qu’un bouclier, elle finisse par devenir la normalité. On ne peut pas accepter de vivre dans un monde de rage, on ne peut pas céder à la violence, ni à la peur même si elle semble être aujourd’hui le foyer le plus confortable.

Le confort n’est pas la solution. Pas durable en tous cas. Sans se perdre dans une quête continue et perdre son temps à satisfaire des envies (souvent matérielles) démesurées qu’on ne saurait bientôt plus gérer ; il ne faut pas pour autant se conforter et se confondre dans une zone dite de confort qui n’est autre qu’une gangrène de notre liberté. Il faut prendre le temps de trouver une alternative, de la construire. Les châteaux que nous habitons finissent par nous hanter, car nous ne les voyons plus pour ce qu’ils sont : des cartes, qu’il nous appartient de jouer. Il faut reprendre le pouvoir, et par cela j’entends notre responsabilité. La latence générale, l’attente insupportable, le temps qui nous échappe : il faut y mettre un terme. Pour et par nous-même d’abord, puis j’ose espérer pour l’humanité.

A force de tous s’attendre, le mal pourrait s’étendre, pour finalement nous éteindre. On ne peut pas accepter cela. Il faut croire, en ce que l’on veut ; mais y croire tellement fort que nos convictions et notre persévérance nous portent à n’être que bon et généreux envers cette terre qui nous porte. Je crois en cette force qui nous amènera à délivrer à tort et à travers notre message de paix. Trouver Bhakti, en soi, pour le partager, en somme.

Bhakti n’a pas de forme, de nom, de couleur ou de religion. Bhakti n’est qu’une force qu’il faut sourcer, nourrir, pour que tout (re)prenne vie ; pour qu’à son tour elle prenne le dessus.

 

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